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DÉCOUPAGE DU LITTORAL CARAIBE COLOMBIEN POUR LE SUIVI DE LA QUALITÉ DU MILIEU MARIN
Luis Borda (1), Jacques Denis (2)
(1) Faculté de l'environnement naturel, architectural
et construit, ENAC - Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne
(EPFL) (CH)
(2) Direction de l'Environnement et de l'Aménagement littoral - Institut
Français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER) (FR)
Introduction
La gestion intégrée des zones côtières comprend
une composante particulièrement forte relative à l'information,
géographique notamment, qui accompagne en permanence le processus de
mise en uvre (UNESCO, 1997). Parmi les nombreuses problématiques
rencontrées en zone côtière, domine celle de la qualité
du milieu (Denis, 1997). Or, pour son évaluation dans un cadre de gestion
globale, l'élaboration d'un référentiel géographique
est nécessaire pour structurer l'ensemble des données. L'approche
spatiale de ces territoires est, en effet, recherchée pour faciliter
la description de la zone côtière et la qualifier au moyen d'indicateurs.
Outre la gestion des données et de l'information, les cadres spatiaux
ainsi délimités constituent une plate-forme de communication
indispensable pour la participation des acteurs de la zone côtière.
Cet exercice a été appliqué à la zone côtière
de Colombie sur le secteur Caraïbe, en réponse à sa politique
environnementale. En effet, ce pays a officialisé en 2002 un document
sur les "politiques d'aménagement intégré et de
développement durable des zones côtières colombiennes",
dont un des objectifs vise à proposer une démarche de surveillance
dans des cadres géographiques bien définis. Cependant, dans
quelle mesure et selon quels critères peut s'opérer un découpage
de la zone côtière et selon quelles procédures pour satisfaire
les finalités d'un développement durable?
Méthode
La zonation soulève la question des modalités de découpage.
Deux approches sont possibles, l'une dite "objective" qui suppose
la prise en compte de toute l'information nécessaire et l'autre, dite
"subjective" qui fait appel à l'expérience et/ou connaissance
d'experts. Cependant, ni l'une ni l'autre de ces deux approches ne satisfaisant
la réalité, la combinaison des deux, dite "approche mixte"
a été adoptée dans le cadre de cet exercice de découpage.
En Colombie, les cadres spatiaux ont été jusqu'à maintenant
souvent délimités par des limites politico-administratives.
Il n'existe pas de véritable découpage de la zone côtière
à but de gestion intégrée et les rares cas de zonage
spécifique existants ont plutôt un but descriptif d'unités
écologiques ou d'entités administratives (Borda, 2003). La question
se pose alors de la possibilité de définir un découpage
polyvalent et unique issu d'une sorte de compromis idéal pouvant répondre
à plusieurs objectifs dont celui de gestion. A défaut de réponse
satisfaisante, les méthodes alternatives du zonage ont été
étudiées.
L'approche objective
Cette approche suppose la prise en compte de toutes les variables nécessaires
pour déterminer chaque unité d'observation déduite des
critères : environnemental, physique, économique et social,
etc. La prise en compte de l'ensemble des variables entrant dans la description
de l'environnement (au sens large) déboucherait sur un découpage
unique, constitué de multiples unités homogènes, au sein
desquelles toutes les problématiques de gestion pourraient y être
traitées. Dans la réalité, les découpages s'appuient
sur un nombre limité de critères désignés pour
répondre à des objectifs bien définis, ce qui amène
à réaliser différents découpages spécifiques
destinés à résoudre des problèmes particuliers
de la zone côtière. Cependant, cette approche n'est pas réaliste,
à double titre, pour sa signification même et exigence d'un très
grand nombre d'informations acquises durant plusieurs années. Elle
exige de plus une intervention coordonnée et concertées de l'ensemble
des acteurs concernés.
L'approche subjective
A défaut d'une connaissance intégrale du milieu littoral, cette
approche fait appel à l'expérience et/ou à la connaissance
des experts de la zone côtière. Le choix des variables à
prendre en considération est ici directement conditionné par
la problématique ou l'objectif de gestion. Cette approche est subjective
car le découpage variera non seulement par rapport aux variables retenues
mais aussi par rapport au choix de l'expert.
L'approche mixte
Cette approche est une combinaison des deux approches précédentes.
D'une part, elle fait appel à toute l'information nécessaire
disponible en base de données géographiques afin de garantir
une méthodologie objective de découpage. D'autre part, elle
fait appel à la connaissance, souvent empirique, des experts qui jouent
ici le rôle d'analyse, de vérification des résultats.
Le découpage résulte ici d'un compromis entre ces différentes
limites selon les variables retenues pour chaque critère et s'adapte
ainsi aux problèmes traités.
Résultats
Le découpage de la zone côtière colombienne répond
au double objectif de gestion intégrée et de surveillance et
d'évaluation de ses eaux. La délimitation effectuée est
un véritable exercice interdisciplinaire pour renseigner l'ensemble
des variables concernées.
L'approche "mixte" adoptée a nécessité d'évaluer
les variables requises en fonction de l'information recherchée qui
soit la plus pertinente, disponible et utile. Le rôle de l'outil SIG
est également évalué car c'est lui qui va les exploiter
et gérer.
Evaluation des variables
Le principe de la délimitation de la zone côtière requiert
un découpage à la fois longitudinal (marin et terrestre) et
transversal en certains endroits du trait de côte (fig. 1). Cette délimitation
s'appuie d'abord sur des variables d'ordre bio-physique qui intègrent
au mieux les règles fonctionnelles du milieu. Elle peut être
ajustée sur des limites administratives parfois incontournables.

Figure 1 Le découpage du territoire littoral (D'après
Denis, 1997)
La limite marine, vu l'objectif fixé,
correspond à la zone d'influence des apports telluriques (UNESCO, 1997).
Les variables tenues en compte furent l'hydrodynamique globale et locale,
la bathymétrie , le plateau continental et une bande arbitraire de
10 km largeur. Il est établi que dans cette bande se concentrent le
maximum d'activités comme le transport maritime, la pêche artisanale,
l'activité portuaire, les sports nautiques, le tourisme et que se font
le plus fortement ressentir les principaux impacts de la pollution marine
provenant des sources terrestres.
La bande terrestre pourrait correspondre à la zone d'influence marine
sur les espaces terrestres. Les variables retenues concernent les bassins
versants des rivières et des fleuves côtiers , l'impact de l'occupation
humaine sur le littoral, une limite arbitraire à partir du trait de
côte, intégrant entre autres les espaces naturels littoraux,
les espaces anthropisés et les bassins versants dans lesquels ils s'inscrivent,
diverses limites administratives, les limites communales , et une bande de
5 km largeur. Cette bande présente l'avantage de tirer une ligne terrestre
continue sur toute la côte, tout en respectant les critères imposés
par le ministère colombien de l'environnement .
Pour les limites transversales, la détermination des points d'ancrage
s'appuient sur les accidents géomorphologiques notables, les limites
départementales, les limites réglementaires de protection des
réserves naturelles et les limites des Unités Environnementales
Côtières (UAC) . Les frontières nationales s'imposent
évidemment comme bornes extrêmes. Le tableau 1 décrit
de manière synthétique les points d'ancrage définis ainsi
que les unités générées (13 unités sur
le caraïbe colombien). Chaque unité est, en principe, caractérisée
par l'existence de sous-systèmes naturels (hydrologie, géomorphologie,
etc.) ou anthropiques (infrastructures, activités maritimes, etc.)
individualisés par des processus de gestion qui leurs sont propres.
Validation par dire d'experts
Sur la base d'un questionnaire , les résultats du zonage ont été
évalués par un groupe d'une vingtaine d'experts de domaines
et Institutions différents, directement concernés par la gestion
des zones côtières en Colombie. Accessibles sur site WEB, d'autres
commentaires ou aménagements ont pu être recueillis de la part
de la communauté des utilisateurs, spécialement des biologistes
marins.
Concernant, la délimitation de la bande marine, 66% des évaluateurs
ont considéré qu'une bande de largeur fixe constituait le critère
le plus approprié. L'isobathe de 100 mètres fut amplement discutée,
mais cette variable posait un problème de discontinuité. En
effet, dans certaines régions l'isobathe se trouve à plus de
40 km de la côte et dans d'autres à moins de 2 km. Pour ces dernières
régions, une bande de 10 km de large avait été proposée
afin de pouvoir fixer sur une largeur minimum.
Concernant la délimitation de la bande terrestre, les réponses
furent très variées. 93% des réponses étaient
favorables à la liberté de fixer la limite selon les particularités
locales. Par contre, 33% des réponses s'accordaient pour définir
une bande de largeur arbitraire fixe de 5 km. Le groupe évaluateur
a conclu que la définition d'une limite standard est très difficile
voire impossible, car chaque zone présente une problématique
qui lui est propre en fonction de ses caractéristiques locales géographiques,
économiques et culturelles.
La définition des points d'ancrage fut longue et délicate car
nécessitant une connaissance détaillée de la zone côtière
colombienne. Ils ont été largement discutés, analysés
pour être validés d'un commun accord. Le rôle du SIG fut
très important dans cette phase cruciale pour avoir permis de visualiser,
comparer et vérifier pour chaque proposition, l'application des différents
critères suggérés.
Tableau 1 Présentation des différentes Unités de Gestion définies pour le littoral caribéen colombien. Punta = pointe ; Río = fleuve; Cabo = cap
| UNITÉ | Dénomination | POINT D'ANCRAGE | DESCRIPTION DU POINT D'ANCRAGE (début) | LIGNE DE COTE APROX. (en km) |
LIGNE DE COTE cumulative (en km) |
| 01 | ALTA GUAJIRA | P1 | Castilletes (limite du département Guajira - Pays de Venezuela) | 127.040 | 127.040 |
| 02 | BAHIA HONDA et BAHIA PORTETE | P2 | Punta Taroa | 203.400 | 330.440 |
| 03 | MANAURE | P3 | Cabo de la Vela | 109.800 | 440.240 |
| 04 | LAGUNA GRANDE -BURITACA | P4 | Cabo El Pajaro 1'143.000 W y 1'784.500 N |
149.700 | 589.940 |
| 05 | TAYRONA | P5 | Río Piedras | 92.250 | 682.190 |
| 06 | SANTA MARTA | P6 | Punta las Minas | 41.900 | 724.090 |
| 07 | CIENAGA GRANDE SANTA MARTA | P7 | Río Cordobas | 72.650 | 796.740 |
| 08 | ATLANTICO- MANZANILLO | P8 | Río Magdalena (Limite Magdalena - Atlántico) | 119.900 | 916.640 |
| 09 | CARTAGENA | P9 | Punta Canoas (l'île de Tierra Bomba inclue) | 78.670 | 995.310 |
| 10 | PARC "CORALES DEL ROSARIO / SAN BERNARDO | P10 | Punta Gigantes (toute la péninsule de Barú et la baie de Barbacoas inclues) | 130.200 |
1'125.510 |
| 11 | MORROSQUILLO- TINAJONES | P11 | Punta La Punta (tout le golfe et le delta de Tinajones dans le département Córdoba, inclus) | 139.300 | 1'264.810 |
| 12 | ARBOLETES | P12 | Punta Brocoles | 121.900 | 1'386.710 |
| 13 | URABA | P13 | De la Punta Caribana (Antioquia) au Cabo Tiburon (frontière Chocó-Panamá) | 312.200 | 1'698.910 |
Présentation des unités géographiques
Au terme de la phase de validation, 13 unités géographiques
ont été identifiées et délimitées sur les
1'700 km du Caraïbe colombien (Fig. 2).
Figure 2 Les 13 Unités Cohérentes
de Gestion et de surveillance définies pour le littoral Caraibe colombien
Conclusion
Dans le cadre de la gestion intégrée, le découpage spatial
est une opération incontournable mais délicate. Parmi les différentes
approches évaluées, l'approche "objective" s'est révélée
très difficile du fait du besoin de connaissance détaillée
de ces espaces qui, dans le cadre colombien, fait défaut. En outre,
le système politico-administratif de la Colombie fait qu'une participation
des acteurs concernés est très difficile. L'approche "subjective",
est limitée à un objectif spécifique qui conditionne
le choix des variables à prendre en compte et fait alors abstraction
d'informations indispensables pour répondre à un objectif de
gestion. L'approche "mixte" adoptée, présente l'avantage
du compromis obtenu entre les différentes variables retenues et les
objectifs de gestion à atteindre. Ce compromis permet d'associer plus
aisément à chaque unité spatiale toute l'information
nécessaire pour traiter du développement économique et
de la protection de l'environnement dans une perspective durable.
Les systèmes d'information géographique (SIG) offrent une structure
d'accueil et d'analyse de l'information pertinente destinée à
la gestion de ces espaces. Ils facilitent aussi la mise en uvre d'un
référentiel géographique du littoral en termes de normalisation,
de représentation cartographique, de plate-forme de concertation, de
communication et d'échange de l'information.
Les résultats acquis font l'objet à l'heure actuelle d'une évaluation
plus approfondie à des fins de validation de la part des entités
chargées par le Ministère colombien de l'environnement de préparer.
Ces travaux s'inscrivent dans le développement du futur Système
National d'Information Côtière (SIC) destiné à
soutenir les projets de recherche sur la surveillance de la qualité
du milieu littoral dans le contexte de gestion mis en place.
Bibliographie
Borda L.B. 2003. Apport des Systèmes d'Information Géographique
(SIG) pour la surveillance et l'évaluation de la qualité des
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de la zone côtière colombienne. Thèse de Doctorat. Ecole
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